Francographies
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Merci à Blaise pour ce joli cadeau...

 

Haïti sur le vif

                Par Blaise Ndala (Auteur de J’irai danser sur la tombe de Senghor, Prix du livre d’Ottawa 2015)

Avant-propos

   Début août dernier. Je venais d’arriver dans la ville chère à Dany Laferrière, lorsque les uns à la suite des autres, mes amis ont commencé à me lancer, au détour d’un courriel ou plus souvent dans un message laissé sur X réseau social : « Vivement que tu nous reviennes avec un savoureux livre de ce pays qui ne peut que féconder ton imagination ! » Pour eux, donc, on ne peut pas avoir le démon de la fiction dans la peau, faire le voyage d’Haïti et ne pas laisser sa plume courir derrière les ombres qui hier encore obnubilèrent les Jacques Roumain, Gary Victor et autres Frankétienne.

   Je dois avouer, à la décharge de ces bonnes âmes qui me veulent le plus grand bien, que je n’ai pas arrangé mon sort en les mettant dès l’abord au fait de cette vérité de la Palice : l’île créole est en soi un livre qui s’écrit avec toute la furie dont elle se sait capable. Il n’y a qu’à prendre le pouls de Port-au-Prince entre deux scrutins décisif; qu’à coller l’oreille aux vagues qui, dans l’extrême-sud,  caressent le sable fin – et si méconnu – de Port-Salut. Il n’y a qu’à… être en Haïti.

   La vérité, en revanche, c’est que je ne suis pas dans les Caraïbes en résidence d’écriture. Inutile de préciser que j’eus aimé en avoir le luxe. C’est qu’en qualité de représentant d’Avocats Sans Frontières Canada dans ce pays où l’engagement pour les droits humains induit son lot de défis aussi exaltants qu’exigeants, mon agenda professionnel et ma plume jouent inlassablement à qui bluffera l’autre. Je n’ai pas promis à mes amis ce livre qui verra peut-être le jour quand viendra le temps. Je me suis promis de garder un œil et une oreille ouverts à ces mille et une choses qui, chaque jour depuis que j’ai quitté le Canada, lèvent le voile sur l’évidence : si on n’écrit pas sur Haïti, cela n’empêchera pas l’île de se faufiler tranquillement dans les pores de votre esprit avant de se répandre devant vous en une prose plus ou moins peaufinée.

   Cette promesse, j’ai offert à Francographies, ce carrefour qui nous rassemble et nous ressemble, d’en être la gardienne. Dans ses colonnes, sous cette nouvelle rubrique qui tranche avec l’offre habituelle, je lui ai proposé de publier de manière sporadique, des courtes histoires, des nouvelles très brèves – souffrez le pléonasme – toutes inspirées des situations vécues durant mon séjour temporaire en terre haïtienne. L’exercice procède d’une règle assez simple : je ne laisserai pas l’imagination du romancier vous raconter un Haïti fantasmé ou sublimé. Je laisserai le hasard des circonstances, quelles qu’elles soient, charrier ces petits « rien » qui viennent chatouiller l’âme de l’étranger avide des découvertes au moment le plus inattendu. La première « petite nouvelle », écrite « sur le vif », vous sera proposée un de ces quatre. Sans prétention, mais non sans plaisir. Parce que voyager, c’est partager.

Nouvelle #1 / Le choix des mots, le choc des souvenirs

Nouvelle #2 / Et le Diable créa la danse !